
Taxi Girls de Montréal, c'est pas le genre de band qui entre dans une pièce — elles défoncent la porte, guitares en avant, voix à fond, avec quelque chose d'urgent à dire. Formées en 2022, ce quatuor entièrement féminin s'est taillé une place ben à elles dans la scène underground de la ville, en canalisant l'énergie brute du garage punk dans quelque chose d'accrocheur, d'immédiat, et qui leur ressemble à 100%.
Leur premier album, Static, capte cette montée en temps réel. C'est un disque qui vibre de tension et de relâchement, où des guitares saturées rencontrent un instinct mélodique aiguisé, et où les deux voix — Jamie Radu et Vera — s'entrelacent avec une énergie qui tient pas en place. Elles se répondent, s'affrontent, puis se rejoignent avec intention. Le résultat, ça feel instinctif plutôt que calculé, comme si les tounes se déployaient en pleine conversation — moitié confession, moitié confrontation.
Il y a quelque chose de très tangible qui traverse l'album, un sens du lieu qu'on peut presque toucher. Montréal la nuit, les lumières de rue qui se reflètent sur le pavé mouillé, la bière cheap qui a eu le temps de se réchauffer, le silence mou qui suit le bruit. Cette atmosphère-là s'infiltre dans Static, ancrant son énergie et sa propulsion dans quelque chose de vécu et de reconnaissable — pas nostalgique pour le principe.
Tout au long du disque, les Taxi Girls jouent dans une palette qui puise autant dans l'attitude du rock'n'roll classique que dans l'économie brute du punk. Les gros refrains passent à travers la distorsion sans rien perdre de leur mordant, tandis que le sens du rythme du band garde tout ça en mouvement, avec du propos. Le son fait écho à la lignée des Donnas, de Joan Jett ou de Bikini Kill — sans tomber dans le pastiche — porté plutôt par une identité claire et une vraie élan.
Côté paroles, Static révèle un band qui a pas peur de rester assis avec l'inconfort. Les thèmes de l'amour, de la perte et de la santé mentale traversent tout l'album, avec des réflexions sur la dépression postpartum et l'étrange attraction gravitationnelle de la nostalgie. Pourtant, le disque résiste à se laisser écraser par son propre poids. Ce qui en émerge, c'est plutôt un fil de prise de conscience de soi — un tournant progressif vers l'extérieur, où la vulnérabilité devient une source de force plutôt qu'un repli.
C'est dans cette tension entre fragilité et force que Static trouve son cœur. C'est un premier album qui feel à la fois brut et délibéré, qui capture un band en train de se définir — pas après coup. Y'a de la catharsis, c'est sûr, mais aussi quelque chose de festif dans la façon dont les Taxi Girls avancent, en prenant leur place pour vrai.
Ayant déjà partagé la scène avec NOFX, The Hives et Billy Talent, et bénéficiant du soutien de figures comme Iggy Pop, les Taxi Girls arrivent à Static avec du momentum dans le dos. Ce que l'album rend clair, c'est qu'elles font pas que surfer sur cette vague-là. Elles la façonnent.
Avec Static, les Taxi Girls passent enfin au premier plan. Fortes, tranchantes, et impossibles à ignorer.